Activités
Séminaire-midi
Conflits de légitimité autour des concepts raciaux dans les revues scientifiques en sciences de la vie
Description
Comment les rédacteurs en chef des principales revues internationales en sciences de la vie (lato sensu, y compris sciences biomédicales) traitent-ils la question de l’emploi de concepts raciaux dans les revues qu’ils dirigent ? Alors que la question est généralement considérée comme une question d’éthique, cette recherche porte sur le versant scientifique et épistémologique du problème. Quel statut les rédacteurs en chef accordent ils aux avancées de la génétique des populations découlant du séquençage du génome humain qui, par le biais des concepts qu’elle mobilise (« haplotype », « populations associées à un gène », « cline », « clusters bio-génomiques », etc.), met à nu l’absence de pertinence taxonomique des concepts raciaux (« caucasien », « noir », « hispanique », etc.) et des principes racialistes (l’hypodescendance, le métissage) ? Comment se positionnent les rédacteurs en chef face à la faille logique que constitue, pour la racial science, la métonymie inhérente aux catégories raciales (un trait de certains membres d’un groupe racial perçu comme un trait de tous les membres de ce groupe racial) ? Comment arbitrent-ils, enfin, le conflit entre la légitimité thérapeutique de la médecine raciale, qui produit des médicaments effectivement adaptés à certains groupes racisés et la légitimité scientifique de la génétique des populations qui invalide l’architecture conceptuelle racialiste ?
À propos des intervenants
Benoit Gaudin est sociologue, maitre de conférences à l’Université Versailles–Saint-Quentin-en-Yvelines (France). Auteur d’une thèse sur la commercialisation des fêtes carnavalesques au Brésil, ses travaux plus récents ont d’abord porté sur les pratiquants d’arts martiaux, notamment de capoeira, puis sur l’étude des approches scientifiques de la performance sportive. Au croisement de la sociologie des discriminations et d’une étude critique des savoirs scientifiques, sa recherche sur les coureurs de fond éthiopiens et kényans invalide l’hypothèse du rôle de l’altitude et expose les biais raciaux qui orientent la recherche sur la question de la performance de ces sportifs.